Résidence Xénia Lucie Laffely

 » Durant cette résidence, à la manière d’une réflexion patchwork théorique et visuelle, je souhaite explorer : une généalogie personnelle peuplée de figures lesbiennes (tirées de Tiktok, de la littérature, du cinéma et de mes souvenirs), comment sortir de l’hétérosexualité passé 30 ans, le sentiment d’être en retard sur sa vie et la recherche de figures de vieilles lesbiennes. »

Xénia Lucie Laffely

Xénia Lucie Laffely vit et travaille entre Lausanne et Montréal. Sa pratique combine le langage du travail textile avec l’esthétique contemporaine de la peinture numérique. Jouant avec les stéréotypes sexistes associés au textile, elle crée des pièces hybrides qui remettent en question les hiérarchies entre l’art, le design et l’artisanat. Ses oeuvres proposent une réappropriation sentimentale et matérialiste de questions liées à l’espace domestique, à l’intimité, à l’amour queer et à l’autofiction.

Noircir eeeeh! : Visions afrofuturistes à Nyon

Une exposition centrée sur l’art performatif proposée par Cécile Nduhirahe

du 31 mai au 27 juin 2021

Au mois de juin, L’exposition Noircir eeeeh: visions afrofuturistes à Nyon investit l’espace eeeeh!. Avec ce projet, l’artiste-curatrice Cécile Nduhirahe affirme la nécessité de présenter les travaux d’artistes afrodescendant.e.x.s. de l’arc lémanique, mais aussi d’amener le public à la rencontre de visions afrofuturistes tournées vers l’avenir, interrogeant le passé ou proposant d’autres formes de temporalités. Celles-ci entrent en résonance, selon elle, avec les préoccupations sociales actuelles et la situation de crise que nous traversons. Cette exposition est centrée sur l’art performatif. Elle accueille les performeur.x.se.s Chienne de Garde, Maïté Chénière, Mbaye Diop, et la vidéaste Stéphanie Nduhirahe. Ces quatre artistes explorent le domaine de la performance selon des perspectives Afrofuturistes ou, du moins, ont des questionnements qui s’en approchent – l’Afrofuturisme étant un concept mouvant et ayant de multiples définitions. Le collectif Afroféministe Amani animera un atelier antiraciste pour les enfants et Cécile Nduhirahe un atelier de création en lien avec le thème.

  • Du 31 mai au 6 juin – Chienne de Garde
    • Mercredi 2 juin de 17h à 21h – vernissage
    • Jeudi et vendredi 3 et 4 juin de 16h à 19h – ouverture publique
    • Samedi et dimanche 5 et 6 juin de 11h à 15h – ouverture publique
  • Du 7 au 13 juin – Mbaye Diop
    • Mercredi 9 juin à 18h – performance
    • Jeudi 10 juin à 18h et 19h – performance
    • Samedi 12 juin à 11h – performance
    • Dimanche 13 juin à 18h – performance
  • Du 14 au 20 juin – Maïté Chénière
    • Samedi 19 juin dès 17h – performance et installation
  • Mardi 22 juin à 19h30 et 20h30 – projection du film Espace Trépasse de Mbaye Diop
  • Mercredi 23 juin de 14h30 à 16h30 – Atelier de création pour les enfants dès 4 ans, en lien avec l’exposition « Des lunettes pour changer notre vision du monde » avec Cécile Nduhirahe
    • Apporte tes lunettes cassées et autres petits objets récupérés!
    • Avec un goûter!
  • Vendredi 25 juin dès 19h – « Imaginer, rêver, réaliser d’autres futurs im.possibles » atelier, ballade nyonnaise et discussions par le collectif Afroféministe Amani pour les membres du collectif et sur invitation seulement.
  • Samedi 26 juin de 17h à 21h – Finissage de l’exposition :
    • projection du film « Intégration d’une pensée afrofuturiste » de Stéphanie Nduhirahe
    • performance à 18h
    • autres surprises au menu
  • Dimanche 27 juin de 14h à 15h30 – atelier antiraciste pour les enfants de 4 à 10 ans avec le collectif Afroféministe Amani
    • suivi d’un goûter!

« L’impossible m’attire, car toutes les choses possibles ont été faites et le monde n’a pas changé. »

Sun Ra

Après l’annulation et le report de l’exposition Noicir eeeeh!: une oasis par et pour les afrodescendat.x.e.s en 2020, le projet a été repensé par Cécile Nduhirahe en collaboration avec Stéphanie Nduhirahe. Elles proposent en 2021 une exposition plus proche des questionnements et des expériences qui les ont habités et qu’elles ont traversés pendant cette dernière année. Ce mois de juin, elles reviennent alors avec une exposition centrée sur l’art performatif: Noicir eeeeh!: visions afrofuturistes à Nyon.  Avec ce projet l’artiste curatrice Cécile Nduhirahe affirme la nécessité de présenter les travaux d’artistes afrodescendant.e.x.s de l’arc lémanique, mais aussi d’amener le public à rencontrer des visions et des questionnements autour de la notion d’Afrofuturismes. Ces visions tournées vers le futur, interrogeant le passé ou proposant d’autres formes de temporalités, entreraient en résonance avec les préoccupations sociales actuelles et la situation de crise que nous traversons. Dans cette optique, la performance est considérée comme un médium idéal pour aller à la rencontre du public permettant également d’interroger et de jouer avec les notions de temporalités et de traces. L’exposition accueillera donc dans un premier temps, Chienne de Garde, Maïté Chénière et Mbaye Diop. Ces trois artistes explorent le domaine de la performance selon des perspectives Afrofuturistes ou ont des questionnements qui s’en rapprochent. L’Afrofuturisme étant envisagé comme un concept décolonial mouvant visant à actionner la capacité des afrodescendant.x.e.s à réinventer leur propre futur. Ce concept est abordé pour cette exposition à Nyon telle une question ouverte qui anime des visions sur le temps, les corps et l’espace. L’intention principale de ce projet est de mettre à disposition des artistes un espace idéal de création et de leur proposer à chacun.x.e une semaine de résidence sur place, qui se clôture par une présentation performative publique de leur recherche. Dans un deuxième temps, différents événements auront lieu dans l’espace tel qu’un atelier de création pour enfants lié au sujet de l’exposition ou encore la projection du film d’animation Espace Trépasse réalisé par Mbaye Diop. Enfin, le collectif Afroféministe Amani animera un atelier antiraciste pour les enfants. Parallèlement, la vidéaste Stéphanie Nduhirahe retracera le processus de recherche ainsi que le travail des trois performeur.x.se.s et les différentes interventions qui auront lieu dans le cadre de cet événement. Sa vidéo sera ensuite présentée lors du finissage de l’exposition et sera disponible en ligne.


Cécile Nduhirahe vit et travaille à Nyon. Diplômée en 2006 de la haute école d’art et de design de Genève (HEAD) en arts visuels, elle obtient en 2008 le Master « Art in Public Sphere » de l’école de design et haute école d’art du Valais (EDHEA). Son travail interroge les thèmes des identités et du déplacement qu’elle exprime en créant des objets hybrides mêlant différentes techniques : le dessin, la sculpture et la performance. De la production d’une œuvre découlent des formes et des images qui se retrouvent déplacées dans les créations suivantes. La pratique de Cécile Nduhirahe est multiple et se soustrait volontairement à toute tentative de catégorisation. Sculptures, dessins, vidéos, photographies et reproductions sont employés indifféremment et traités sur un pied d’égalité. Au croisement de ses préoccupations, son intérêt pour l’afroféminisme influence ses dernières créations. Ces dernières années, elle travaille principalement avec deux soeurs au sein du « Collectif and then… » autour de la question des héritages multiples. Cécile Nduhirahe a exposé dans différents espaces d’art en Suisse et également Dakar et à Berlin. En 2019 à Lausanne, elle intervient comme artiste et co-curatrice pour l’exposition “La fin de l’innocence” à l’espace Arlaud. Parallèlement, elle enseigne depuis 2011 les arts visuels pour les degrés secondaires 1 puis 2.

Stéphanie est une artiste nyonnaise travaillant d’une part comme artiste vidéaste/performeuse et parallèlement comme artiste de cirque. Elle se forme à l’École Supérieure des Beaux-Arts de Genève (ESBA actuellement HEAD) et à l’École de cirque de Québec, puis obtient le certificat de dramaturgie circassienne, une formation organisée par le Centre des Arts du Cirque CNAC et L’École Supérieure des Arts du cirque ESAC.Stéphanie recherche à créer des pièces où la frontière entre le cirque et l’art performatif se confondent. Elle mélange installation, vidéo et performance.Son travail est présenté au sein de divers espaces réputés notamment au Pratt Manhattan Gallery à New York, au musée CAAM à Las Palmas, à Videonale 11 à Bonn. Stéphanie s’est produite internationalement avec différentes compagnies dans divers lieux tels que The Roundhouse (Londres), L’ Opéra National de Prague, Festival international del circo, Rio de Janeiro (Brésil). Elle travaille de plus comme dramaturge, oeil extérieur et chorégraphe acrobatique. Stéphanie est aussi la co-fondatrice de la Cie Pieds Perchés ainsi que membre active du Collectif and then….

Maïté Chénière (aka Mighty) adopte la recherche théorique, la musique, la performance ou encore la vidéo pour créer des expériences hybrides et s’intéresse aux productions culturelles de personnes queer racisées, mixant savoirs théoriques et populaires pour créer un discours émancipatoire. Iel est titulaire d’un Master en Arts visuels, CCC – Études critiques curatoriales cybermédias de la HEAD Genève et d’un Bachelor en Arts visuels de l’Académie Royale des Beaux Arts de Bruxelles. Son travail a été présenté dans divers lieux tels que : la Haus der Kulturen der Welt, Berlin ; la galerie 1.1 ,Bâle; le Festival Les Urbaines, Lausanne, le Théâtre de L’Usine; la Mains d’oeuvres, Paris ou encore les Ateliers Claus, Bruxelles. Mighty (House of ButchXtra) est unx DJ et producteurx baséx à Genève. À travers la musique, iel travaille les espaces temps dans une perspective afrofuturiste. Le dancefloor devient un lieu d’émancipation et de célébration pour des corps multiples et fluides . Mighty organise les événements pluridisciplinaires Archipelagogo Club à Genève qui mettent en avant la richesse et l’héritage politique de la culture club. Iel s’est produit à Paris, Berlin, Leipzig, Johannesburg et à travers la Suisse.

Mbaye Diop est un artiste visuel, performeur d’origine sénégalaise. Après ses études à l’école des arts de Dakar, il enseigne les arts plastiques au collège et au lycée tout en poursuivant sa pratique artistique.Son son travail est présenté au Sénégal dans une série d’expositions à Saint-Louis (galerie Waaw, Institut Français), à Dakar (centre culturel Blaise Senghor) puis en Europe plus précisément en Suisse (à Genève à la galerie Skopia, à l’espace eeeeh ! à Nyon et à la Becque à la Tour-de-Peilz). Le travail de Mbaye Diop repose essentiellement sur un rendu en noir et blanc issu des images de son quotidien sénégalais. Il réalise de grandes peintures murales et, comme moyen d’expression artistique, utilise la sérigraphie sur des supports variés (carton, bois, mur, etc.), mais aussi la vidéo et la performance.

Vanessa Sin est une performeuse pluridisciplinaire et productrice autodidacte basée à Lausanne. Sous différents acronymes elle explore différents médiums de création. Sous Chienne de Garde, elle s’essaie à la production musicale, l’écriture, au mouvement ainsi qu’à l’installation. S’aidant de ces multiples outils, elle crée des tableaux hybrides émotionnels et sincères. Une des membres fondatrices de B2B2 collective, elle est aussi la fière fille d’Ivy Monteiro (TropikahlPussy) et membre de la house of B.Poderosa.

Le collectif afroféministe Amani de Nyon s’inscrit dans la lutte contre le racisme et le sexisme que subissent les personnes noires, afrodescendant.x.e.s et se reconnaissant du genre féminin en Suisse. À l’aide d’une approche intersectionnelle, il souhaite lutter pour l’élimination des discriminations de race, genre, classe, sexualité ou de religion et proposer des outils pédagogiques aux futures générations leur permettant de valoriser l’Histoire Noire et Africaine.Le collectif se réunit régulièrement en mixité choisie et a proposé durant l’année 2019 des discussions autour de projections de films, de lectures ou de repas. Il a notamment été invité par la Quatrième Vague (club de lecture féministe lausannois) et Les Nouveaux Musées de Bienne pour des discussions autour de l’afroféminisme militant. En 2021, le collectif Afrofémisite Amani collabore avec la ville de Nyon (CISEN) pour la création et la mise en place d’un atelier antiraciste pour les enfants dans le cadre de la semaine contre le racisme.

Avec le soutien de Région de Nyon et Ville de Nyon.

 

Successive Teenagers Sort Down – une exposition de Fraich Club

Fraich Club à l’espace eeeeh! du vendredi 14 jusqu’au 29 mai.

Vernissage ce vendredi de 17h à 20h! (dans le respect des mesures sanitaires)

Ouverture les vendredis de 16h à 19h et les samedis de 11h à 15h – le 15, 21, 22, 28 et 29 mai 2021 en présence des artistes – ou sur rendez-vous.

Successive Teenager Sort Down, une exposition de Fraich Club, est une invitation lancée au public à renouer avec les rêves inexaucés de l’adolescence. L’exposition est composée de sculptures pensées comme des appareils de divination poétique pour revisiter les mythes fondateurs individuels. En collaboration avec l’artiste zurichois Arttu Palmio, l’exposition donnera lieu à des expérimentations de dialogues à partir des souvenirs des visiteur·x·euse·s et des sculptures comme un soin envers les déceptions que l’on porte collectivement.

vue d’installation, Successive Teenagers Sort Down, 2021. crédit photo: Farah Mirzayeva
vue d’installation, Successive Teenagers Sort Down, 2021. crédit photo: Farah Mirzayeva
vue d’installation, Successive Teenagers Sort Down, 2021. crédit photo: Farah Mirzayeva
vue d’installation, Successive Teenagers Sort Down, 2021. crédit photo: Farah Mirzayeva

Fraich Club est un artiste suisse basé à Genève. Fraich Club recoupe les sensibilités personnelles, formelles et conceptuelles de son entourage, produisant des contenus originaux et hybrides à travers de nouvelles dramaturgies. Sa recherche explore les données liminaires et les scénarios multicouches latents aux infrastructures sociales, au processus d’historicisation et à la micropolitique. La dynamique des images et des gestes qui l’intéresse est un moyen de réfléchir sur les structures psychologiques et politiques de la réalité ainsi que sur les autorités institutionnelles et les conditions de production artistique. Fraich Club a participé à l’exposition LXXX (2020) de Supermala à Lisbonne et réalise présentement le projet NOEXIT (2021) à Zabriskie et l’espace 3353 à Genève.

Avec le soutien de la République et canton de Genève, du Fonds cantonal d’art contemporain, DCS, Genève et de la fondation Oertli.

Atlas des éphémères – Fhunye Gao et Cyril Yeterian

Résidence de création du 1er au 9 mai 2021

L’espace eeeeh! accueille les artistes Fhunyue Gao et Cyril Yeterian pour une résidence de recherche autour de leur nouveau projet musical « l’Atlas des Éphémères ». Celui-ci réunira différents instruments, dont la thérémine et le mélodéon. Ce temps de recherche sera ponctué par une après-midi d’écoute publique et de rencontres avec les artistes dès 16h le dimanche 9 mai.
 Fhunyue Gao et Cyril Yeterian se retrouvent à eeeeh! pour la première phase de création du projet Atlas des éphémères. L’Atlas des éphémères est pensé comme un hommage, un mémorial ironique et affectueux en l’honneur d’entités menacées de disparaitre ou déjà éteintes. Ou plus hypothétiquement à celles qui pourraient encore voir le jour. Flore, faune, valeurs et idéaux, sentiments, événements historiques, recettes, objets, idées, désirs… qui ne peuvent par eux-mêmes témoigner de leur envie de vivre ou figurer dans notre mémoire collective (excepté si le hasard se met de leur côté). Les imaginer et en créer des artefacts pour s’en rappeler. Pendant le temps de résidence à eeeeh! un espace musical sera installé pour les accueillir, comme un refuge, comme des îles désertes. De là, des messages mis en bouteilles et envoyés sous forme d’événements mélodiques et/ou visuels. Et puis… lancer des bouteilles à la mer avec pour seul but de nourrir les rêves fous d’un possible contact avec un monde extérieur? Et que se passerait-il si quelqu’un dans la même situation répondait? Une table des matières des visions, des peurs, des images et des deuils que ces entités en danger suscitent en nous. L’Atlas des éphémères peut être imaginé comme une carte musicale. Un Atlas, de l’insaisissable, des choses perdues, d’espoirs à naître. 

Atlas des éphémères – Mercredi 5 mai, atelier pour tous•x•tes, de tout âge, entre 15h-18h Atelier-invitation à écrire-enregistrer un message destiné à l’inconnu.e d’un futur incertain. Un mot, une phrase, en lien avec notre rapport au monde, aux choses disparues ou en voie de disparition ou qui n’ont pas encore vu le jour. Ces messages-requiems seront cartographiés en mélodies improvisées dans l’Atlas des Éphémères.  Nous accueillerons volontiers les messages à distance par canaux digitaux: fhungao@yahoo.it



Atlas des éphémères  – dimanche 9 mai dès 16h 

Ouverture des portes pour fêter la sortie de résidence: Bienvenue dès 16h et dès 17h il y aura de la musique improvisée et des message in the bottle en cassette audio. Moment musical.

Cyril Yeterian & Fhunyue Gao

Les deux acteur.ice culturel.les se rencontrent en 2014 autour du projet Bongo Joe dont Cyril est fondateur. Ces derniers oeuvrent depuis des années dans les milieu de la scène, de la musique et de l’art vivant. Fhunyue metteuse en scène / performatrice pluridisciplinaire (entre autres: RobinRobin, Unplush, Thom Luz, Annalena Fröhlich, Scottish Dance Theatre). Cyril multi-instrumentiste, fondateur et membre des groupes Cyril Cyril, Frères Souchet, Mama Rosin et fondateur des label Moi J’Connais Records et Les Disques Bongo Joe. Atlas des éphémères est leurs première collaboration artistique.
insta: fhungao / cyrilcyrilband websites de nos autres travails : bongojoe.ch / fhunyuegao.com / robinrobin.ch / https://lesdisquesbongojoe.bandcamp.com / https://www.facebook.com/cyrilcyrilband

Chercher, trouver, perdre: le nord – Les Godardas

Exposition du 15 au 30 avril 2021

Les Godardas – aka Jessica Decorvet et Marine Maye – cherchent le nord éperdument. À eeeeh, elles présentent une partie de cette quête en cours sous la forme d’une reconstitution du Grand Nord. Ce diorama est à l’image de ce qu’elles y ont trouvé: pas de travail, de la glace, Mouette, Sirène, des ruines communistes, une arche de Noé sous terre, des mines de charbon, des désirs et du froid.

Au mur est projeté un conte que le duo a ramené en 2018 du Svalbard. Il était une fois le monde des oiseaux. Les costumes du tournage sont exposés « en situation », le dispositif constitué de banquise et de tissus recompose leur habitat naturel.

Le Nord est-il au nord? Où aller quand on touche le nord? L’exposition met à disposition des boussoles. Reste à savoir ce qu’elles indiquent, pour l’instant elles tournent en rond.


Ouverture – jeudi 15 avril de 17h à 21h

Faune et flore arctique et exotique dans leur tenue d’apparat.
Inauguration de la boutique.


Chercher le nord – samedi 17 avril à 11h et 14h
atelier sur inscription* et bienvenue aux enfants, durée 1h

Activités en honneur de la journée internationale des luttes paysannes.
Herbier, collages naturalistes et iceberg en pâte à sel pour porte-clé.


Perdre le nord – samedi 24 de 11h à 16h (atelier sur inscription* à 14h) et dimanche 25 avril de 14h à 18h

Weekend de récits et anecdotes sur nos moments d’impuissance et de puissance.
Venez enregistrer vos histoires.
Atelier de construction de boussole (le samedi à 14h).


Finissage – vendredi 30 avril de 17h à 20h

Fermeture de la boutique et soldes.


Exposition ouverte du mercredi au vendredi de 16h à 19h
et le weekend selon le programme
Des visites sur rendez-vous sont possibles au 078 848 46 24

*L’inscription aux ateliers peut être faite par email à eeeeh@eeeeh.ch ou par téléphone au 078 848 46 24

Les Godardas sont un duo composé de Marine Maye et de Jessica Decorvet. Amies de longue date, la création des Godardas apporte un nouveau souffle à une collaboration qui s’étale depuis longtemps entre l’art et la vie. Nous avons toutes les deux fait un Bachelor en sciences sociales. Marine a ensuite fait un Master en anthropologie visuelle à Paris qu’elle termine en 2017. En 2020, elle commence un Master à l’ECAL en section cinéma, filière son. Jessica obtient en 2016 un Master d’art à l’École cantonale d’art du Valais. Depuis, en parallèle de sa pratique artistique, elle est coresponsable du pôle d’édition à l’Atelier genevois de gravure contemporaine et est intervenante à l’édhéa. En 2021, elle co-réalise, avec Valentin Rotelli et Charles-Elie Payré, le documentaire Super Super.

Le duo Les Godardas réunit leurs pratiques respectives et découle de leur intérêt commun pour le spectacle, les cabarets, l’autodérision et les personnages imaginaires. Leur objectif est de partager des thématiques du quotidien et des questionnements existentiels avec humour et distanciation.

Tales Of Nursing de Loren Kagny

du 12 mars au 3 avril 2021

Week-end d’ouverture le vendredi 12 et samedi 13 mars 2021 de 16h à 20h et 11h à 15h en présence de l’artiste. Les ouvertures régulières sont prévues les vendredis et samedis, soit le 19*, 20, 26* et 27 mars ainsi que le 2* et 3 avril ou sur rendez-vous.
(*en présence de l’artiste)


Tales of Nursing propose une installation immersive, un monde de mirages, de blessures et d’expériences du soi. Ce monde se manifeste par la peinture, la sculpture, l’odeur…
Les peintures présentent une figure à la fois infirmière et blessée. C’est un récit. Le personnage de l’infirmière semble se trouver face à ses propres blessures, en quête de sa propre guérison.

Stylistiquement, quelque chose de douloureux se dégage de ces peintures, accentuant le caractère onirique et hallucinatoire de la représentation. Les coulures apparaissent comme des larmes, le spray rouge se distingue comme du sang qui aurait transpercé un pansement.

Les objets évoquent des amulettes, des talismans ou des hochets. Ils sont peut-être là pour apporter leur contribution aux soins rationnels de l’infirmière par leurs propriétés forcément magiques et apaisantes. Malgré la fragilité de leur présence, une grande force se dégage de l’installation. L’ensemble est de l’ordre de l’inquiétante étrangeté.

Tales of Nursing peut se traduire de l’anglais par : Histoires des soins infirmiers, Contes sur l’allaitement, Récits d’infirmières ou encore Contes sur les soins.


Loren Kagny crée un univers onirique à la structure narrative unique, dans lequel des personnages familiers se transforment continuellement. Dessinés ou sculptés, cousus, tissés, ils évoquent des sujets fondamentaux tels que la santé, le genre, la sexualité et la violence. Fait d’une infinité de mondes, comme autant d’occasions de redéfinir la réalité, et de suggérer une forme de réconciliation avec l’état des choses, la mythologie de Loren Kagny se construit au fil de ses œuvres et de ses visions. Son travail émerge, aussi nécessaire qu’un kit de premiers soins qui pourrait guérir et sublimer des blessures. Loren Kagny est née en 1992 à Nyon. Elle a présenté son travail en expositions collectives et personnelles à Genève (Quark, MJ, Forde) Lucerne (Sic! Raum für Kunst), Zurich (UpState), Milan (Sprint Milano) ou encore Londres (Asylum). En 2015, elle obtient son bachelor en arts visuels à L’ECAL et poursuit ses études en master à la Haute école d’art et design de Genève en design mode et accessoires.


vue d’installation, Tales of Nursing, Loren Kagny, 2021 |au premier plan: 1 visite, 2 visites, fleurs coupées, vases en verre, plastique, eau, 2021. crédit photo: Loren Kagny
looking at yourself, looking at the future, looking at the past, 2021, acrylique et eau sur canvas. crédit photo: Loren Kagny
vue d’installation, de gauche à droite: the fall (lâcher prise), 2021, acrylique et eau sur canvas; L, 2021, verre, textile; save me from rebirth . SOS (i am one), 2021, acrylique, eau, rubans adhésif et textile sur canvas. crédit photo: Loren Kagny
a magical song, 2021, verre, textile, clochette. crédit photo: Loren Kagny
mini L’eau, 2021, acrylique et crayon sur canvas. crédit photo: Loren Kagny
vue d’installation Tales of Nursing, Loren Kagny, 2021. crédit photo: Loren Kagny

mini nurse, 2019-2021, textiles, rubans, pigments. crédit photo: Loren Kagny
flying creamy, 2021, verre, textile. crédit photo: Loren Kagny
vue d’installation, de gauche à droite: flying creamy, 2021, verre, textile; nursing doll, 2020-2021, peinture et tipp-ex sur papier, cadre aluminium peint. crédit photo: Loren Kagny

Avec le soutien de Art en jeu

Résidences d’artistes – Maëlle Gross

du 1er au 7 mars 2021

THIS IS A SEED est le prochain projet de l’artiste Maëlle Gross. Pour une deuxième résidence d’une semaine, après leur passage au mois d’août 2020, l’artiste multidisciplinaire et ses collaborateurices sont venu.e.s poursuivre leur recherche pour une performance inspirée de la science-fiction qui sera présentée à l’automne prochain.

Maëlle Gross est née en 1988 à Lausanne. Elle est titulaire d’un Bachelor en arts visuels à la Haute école d’art et de design de Genève (HEAD). En 2016, elle obtient son Master in Fine Arts à la Goldsmiths University de Londres. Travaillant principalement avec les médiums vidéos, performatifs et installatifs, sa pratique entremêle faits et fiction. Avec un accent sur les conditions sociales, son travail s’axe principalement sur les questions d’identité notamment à travers le genre.

www.maellegross.com

Résidences d’artistes – Valentina D’Avenia et Cecilia Moya Rivera

Du 16 au 28 février 2021

Combien de deuils as-tu déjà faits? 
Quais as promessas que você faz pra você mesma?
Où est la saleté en Suisse si elle n’est pas dans nos rues propres? 
N’est-ce pas la langue qui nous possède ? 
De quoi tu as le plus honte ?
Qu’est-ce que tu vois en Suisse que les suisses ne voient pas ?
Est-ce que dans un monde lesbien les mains seraient cachées car considérées comme des organes
génitaux ? 
Ça vous dit qu’on partage tout ?
Você matou a branca dentro de você? 
Quels sont les mots que tu ne peux pas traduire en français? 
Pourquoi sur les sites des élections communales il n’y a que des blancs anti-racistes mais quand
même que des blancs? 
No future no culture, pourquoi tu n’as pas partagé sur les réseaux ?
Est-ce qu’on peut normaliser le fait de vouloir dormir avec ses ami.e.x.s?
Est-ce que tu es des personnes différentes quand tu parles des langues différentes ? 
Quantas coisas ou pessoas você já abandonou? 
Est-ce que bientot cela n’arrivera plus de se perdre? 
Do you feel pleasure to inhabit your own body?
Where does you anger comes from?
Shall we do a list of all techniques used by whiteness to stay hegemonic? 
​piensas seguido en tu pasado?
de que tienes vergüenza?
​como practicas la idea del tiempo – no linear?
​what do you think is the most interesting thing about the present?
¿piensas que las relaciones se terminan?
Você sabe dizer I surrender em quantos idiomas?
Você acha que as pessoas precisam de quanto tempo para entender as palavras?
¿Qué piensas del prefijo RE-?
Quelles sont les expressions en espagnol qui te manquent le plus au quotidien ?
Você se sente mais você em portugues?
Do you think the languages have an energy?
Crees que deberia aprender el acento del lugar donde vivo?
How does the language transform you?
Comunidad y colectividad son sinonimos?
En el futuro vamos a extrañar algunas palabras de antes?
Did you ever forget a language?
Do you dream in the same language that you use everyday?
Do you think that dreams happens in the same place that we are now?
Você sexualiza as coisas e as pessoas com frequência?
¿Cuanto sangras en un mes?
Você sabe que morangos eram brancos no começo ?
¿hablar de postcolonizacion es crueldad o ironia?
¿Qué significa nuestro trauma?
Are you feeling good?
¿Piensas que las emociones son revolucionarias?

V_a_l_e_n_t_i_n_a_ D’a_v_e_n_i_a_ (_L_u_g_a_n_o,_ 1_9_8_9)_ _est curatrice, artiste et traductrice. Récipiendaire du Prix d’encouragement à la recherche en Histoire de l’Art de l’ASHHA en 2014, Master en Histoire de l’Art et Sciences Historiques de la Culture en 2016, Responsable de l’espace d’art le Cabanon de 2014 à 2015, ses projets sont orientés vers la réparation de l’histoire de l’art, la valorisation de savoirs non-hégémoniques et les stratégies de hacking de normes de genre, race et classe dans les milieux culturels. Elle a effectué des stages à Swissnex Brazil et Pro Helvetia, a collaboré comme artiste ou curatrice La Casa do Povo (BR), Verbo Festival et de nombreuses institutions Suisses. Elle a travaillé en tant qu’administratrice et productrice aux Urbaines en 2019 et est actuellement programmatrice d’Arts Visuels et d’Arts Vivants au sein de Foodculture Days (Vevey), eeeeh! (Nyon), La Fête du Slip(Lausanne). Elle est membre du collectif de traduction BRASA et du collectif Universidad Desconocida.

Cecilia Moya Rivera (Santiago, 1992) est une artiste multiforme et graphiste sud-américaine –d’origine chilienne– qui vit à Genève. Active dans divers collectifs féministes ainsi qu’au sein du collectif MilM2, avec lequel elle explore les pratiques collectives dans l’espace public comme outils politique/performatif. Avec le collectif MilM2, elle a présenté des projets dans de nombreuses villes et festivals au Chili, Uruguay, Brésil, Portugal, Espagne, Allemagne, Irlande et Suisse. À Suisse elle a présenté son travaille a BDQI (Nyon), far° (Nyon), Arsenic. Parallèlement, elle a développé ses recherches personnelles sur le mouvement féministe alternatif au Chili, après la dictature de Pinochet. Actuellement, elle expérimente sa pratique artistique, dans une perspective féministe et polyphonique, sur la langue comme arme politique de décolonisation.

Résidences d’artistes – Fraich Club

Presque un an après le début de leur recherche, Fraich Club présentera finalement leur projet NOEXIT à Genève dans différents espaces d’art indépendants. Le premier chapitre du projet est déjà exposé à Zabriskie Point, au rond-point de Plainpalais à Genève, et le deuxième sera lancé sous peu à l’espace 3353, à Carouge.

Profitant d’un accès à l’espace de la Grenette durant deux semaines de résidences, Fraich Club s’est lancé dans la réalisation d’une mascotte en mousse et fourrure synthétique à l’effigie d’un tamia rayé, d’un moulage de soleil en film latex et d’une vidéo de lune. Les sculptures sont inspirées des trois personnages principaux de la pièce Huis Clos de Jean-Paul Sartre que l’artiste imagine se superposer à la réalité urbaine post-pandémie; les personnages-sculptures comme des entités prisonnières des lieux désertés de la ville en confinement.

En mai 2021, eeeeh ! accueillera de nouveau Fraich Club pour présenter un projet spécialement conçu pour l’occasion.

Fraich Club est un artiste suisse basé à Genève. Fraich Club recoupe les sensibilités personnelles, formelles et conceptuelles de son entourage, produisant des contenus originaux et hybrides à travers de nouvelles dramaturgies. Sa recherche explore les données liminaires et les scénarios multicouches latents aux infrastructures sociales, au processus d’historicisation et à la micropolitique. La dynamique des images et des gestes qui l’intéresse est un moyen de réfléchir sur les structures psychologiques et politiques de la réalité ainsi que sur les autorités institutionnelles et les conditions de production artistiques.

Avec le soutien du Fonds cantonal d’art contemporain, DCS, Genève et la Loterie Romande.

S’enraciner dans les ruines – une entrevue avec Dorothée Thébert et Filippo Filliger

Dorothée Thébert est photographe. Filippo Filliger est réalisateur. Ensemble, ils ont escaladé le Stromboli, joué à poil à cache-cache à Berlin, passé trois jours au lit pour un remake du Bed-In de John Lennon et Yoko Ono, contacté des polissons sous chiffre, fait disparaître les spectateurs d’une galerie dans une masse noire au son de lieds de Schubert, tourné un court-métrage érotique, conçu une fille, proposé à un danseur moderne de mettre un tutu et remonter sur scène à presque 60 ans, construit une maison gonflable, réfléchit au rapport entre effeuillage et confession, mis en scène un bal dans un kiosque à musique, rêvé d’acheter une soucoupe volante, hypnotisé une comédienne le temps d’une représentation, conçu un garçon, fait défiler l’élite intellectuelle qui a ébauché les utopies du vingtième siècle entre deux saunas, perdu le gouvernail, erré sur la roche sèche de Lampedusa, écrit la Déclaration des droits de l’être humain sur le trottoir avec les passants et présenté les travaux qui en découlent dans différents théâtres et espaces d’art contemporain.

Après deux semaines de travail et de recherches, le duo composé de Dorothée Thébert et Filippo Filliger ont laissé la place à l’artiste Fraich Club qui s’est installé à la Grenette. Avant de nous quitter, Dorothée et Filippo ont accepté de partager leurs réflexions avec Aurélie de l’équipe de eeeeh ! pour nous permettre d’avoir un accès privilégié à leur démarche malgré la fermeture de l’espace au public.

Aurélie : La semaine dernière, je suis passée par l’espace eeeeh ! pour voir votre processus de travail. J’ai découvert la grande table recouverte de livres, deux vestes tricotées accrochées au mur, une série d’exercices imprimés sur du papier fluorescent et dans le coin derrière une des grosses colonnes de l’espace, Filippo occupé à créer des sons sur un appareil surprenant composé de synthétiseurs aux lumières et fils colorés. J’imagine que la fermeture de l’espace au public a dû changer vos plans de résidence, comment la pandémie affecte-t-elle votre façon de travailler en ce moment?

Filippo : Concrètement, la pandémie nous a poussés à adopter des moyens très pauvres pour adapter notre travail aux conditions de production et diffusion actuelles. Les salles de théâtre ne sont plus ouvertes au public depuis plus de 180 jours et même ici, dans une galerie, les vernissages et les événements publics ne sont pas permis. À partir de là, on a dû inventer des moyens pour poursuivre notre travail dans la sphère publique et la résidence ici à eeeeh ! était une belle occasion. Nous développons ici une première étape de travail pour notre recherche autour du rapport au vivant, un projet qui se demande comment définir le sensible aujourd’hui.

Dorothée : Effectivement, cette pandémie a modifié beaucoup de choses. On va se retrouver à écrire notre prochaine pièce de théâtre dans un jardin dans le cadre d’une résidence à Utopiana, à Genève. L’expérience de mettre les mains dans la terre est à l’origine de nos réflexions et de notre recherche actuelle. Le jardinage est arrivé pendant le premier confinement. La relation à la terre et au vivant, on l’avait avant seulement dans nos pensées, puis ça s’est concrétisé, matérialisé. Notre recherche émane presque toujours de notre vie personnelle, de notre quotidien, de notre envie de comprendre le monde qui nous entoure. On vit et on réfléchit ensemble, en tant que couple aussi et ce qui nous arrive alimente directement notre pratique artistique.

A : Qu’est-ce que vous avez trouvé pour rendre ces contraintes constructives? Comment vous êtes-vous adapté?

F : Les conditions de travail à eeeeh ! sont quand même intéressantes malgré la fermeture parce que nous sommes en vitrine. On est face à l’espace public où l’on voit les gens déambuler et circuler. Ça nous a permis d’afficher les instructions pour réaliser un exercice par jour pour avoir un regard différent sur le monde qui nous entoure. Ainsi, certain.e.s passant.e.s nous communiquent leurs réactions à travers la vitre et d’autres poussent la porte pour venir échanger avec nous.

D : Être porté par l’espace public qui s’active devant nous tous les jours, c’est vraiment stimulant pour l’écriture. Mais surtout, l’incertitude liée à la situation nous a donné envie de réaliser un livre, un objet concret et fini à la fin des deux semaines de résidence.

F : En effet, rapidement, quand on a su que l’espace allait être fermé au public, on a approché les éditions Ripopée pour collaborer à la réalisation d’un livre. Il y a une belle complicité qui s’est créée avec les éditrices, Stéphanie Pfister et Jessica Vaucher. Comme on est privés de public, on a pensé à un livre ludique qui puisse créer des liens entre les gens, un peu comme dans nos spectacles précédents.

A : Vous annoncez prendre comme point de départ à votre recherche un projet antérieur que vous avez réalisé à partir de la « Déclaration des droits de l’homme » et un texte de Simone Weil. Comment articulez-vous ces objets de recherche à votre question sur l’enracinement, le rapport au vivant et la définition du sensible?

D : Dans la performance à l’origine du projet, nous écrivions la Déclaration des droits de l’Homme dans l’espace public, tout en demandant aux passant.e.s de nous aider, ce qui nous permettait de discuter avec elles.eux de la valeur de ce texte aujourd’hui. Cela donnait une sorte de radiographie de notre époque. En travaillant cette performance, nous avons découvert le texte de Simone Weil que nous avions envie de discuter avec des gens autour de nous.

F : Une des choses qu’on a mises en place ici et qui va nous accompagner tout au long de de notre recherche est une série de rencontres virtuelles avec deux ami.e.s de Montréal, Chiara Cavalli, philosophe, et David Guillemette, chercheur en histoire des mathématiques, au fil desquelles nous allons réfléchir ensemble à partir d’une série de textes. Hier, lors de notre première rencontre, nous avons donc parlé du texte de Simone Weil « L’Enracinement ou Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain ». Ce qui nous intéresse est de creuser les fondements de ce qui constitue le vivre-ensemble pour nous, humain.e.s, et, de manière plus large, le vivre-ensemble avec le vivant.

D : Une des choses qui nous intéresse dans ce texte, c’est que Weil déplace le discours sur l’autorité : au lieu d’avoir des droits, nous avons des devoirs. Par ailleurs, elle analyse la condition ouvrière et paysanne – qui sont à la base de la production – pour parler du travail, de la notion de spiritualité dans le travail et de ce qui nourrit l’âme.

F : À notre mesure, quand on se retrouve à jardiner, ce qui nous intéresse n’est pas strictement la production de légumes, mais la nature de la relation qui s’établit entre le travailleur et le vivant.

A : …la relation qui se crée par le geste et l’attention entre l’individu et son milieu.

F : Exactement, c’est toujours une praxis.

Une sélection d’ouvrages accompagne la recherche et le travail d’écriture des artistes. crédit photo : Aurélie Dubois

A : C’est intéressant de voir comment votre recherche est partie de questions politiques et sociales, où la notion de droit extraite de la « Déclaration » est prise comme le symbole de l’humain et ses relations hiérarchiques et d’autorité en lien avec l’administration de la vie sociale. Ensuite, par l’angle du travail, comme un entonnoir inversé, ça s‘élargit sur des questions beaucoup plus existentielles, soit la définition de l’humain par ses relations au vivant.

D : Effectivement. Ça fait déjà un certain temps que notre travail se concentre surtout sur les rapports que l’on entretient à l’altérité. L’hypothèse que nous émettons, à ce stade de notre recherche, c’est de situer une part de spiritualité dans la notion même de relation. Seul.e, on n’est pas grand-chose et c’est dans la relation à l’autre, à l’altérité et au vivant que notre existence trouve ses fondements.

F : En parallèle à cette recherche sur le sensible, on fait le constat qu’on vit dans un monde en ruine. Et pas seulement écologiquement. Les ruines sont relationnelles, politiques, sociales et concernent pratiquement tout ce qui compose le vivre-ensemble tel qu’il a été pensé depuis la modernité. Pour reprendre les idées de Simone Weil, aujourd’hui il y a beaucoup d’emplois qui se composent de tâches complètement dénuées de sens pour le.la travailleur.euse. C’est un constat d’échec, une sorte de ruine, quelque part. Et, nous, on se demande comment faire pour remettre du sens là-dedans.

D : Mais, nous ne portons pas un regard romantique sur les ruines. Hier, on discutait aussi d’un texte du dramaturge Lukas Barfüss qui parle du deuil et de comment s’est perdu le sens du rituel commun qui est de pleurer pour pouvoir passer à autre chose. C’est comme s’il fallait retrouver les larmes pour pouvoir penser à aller de l’avant. On voit un peu les ruines comme un terreau dans lequel on peut planter des graines pour faire pousser de nouveaux horizons.

F : Et on pense que ça peut être fait avec des récits. Face à ces éléments qui ont été vidés de sens, les récits permettent de faire renaître une certaine sensibilité.

A : Les questions de rituels et de récits font d’ailleurs échos aux pratiques artistiques. Comment réfléchissez-vous au rituel lorsque vous formalisez vos projets artistiques au-delà des questions théoriques?

F : En fait, on essaie de trouver des manières de faire travailler le public avec nous. La participation n’est pas obligatoire, mais la porte est ouverte à réaliser des actions en travail collectif. Ça donne lieu à des discussions improvisées qui sont à leur tour des déclencheurs narratifs. Pour l’instant, nos réflexions sur les ruines et l’enracinement par le sensible nous ont poussés à proposer une série de dix exercices à réaliser dans la ville pour activer les sens et éveiller un certain niveau d’attention et de conscience. Ce sont des petites expériences qui nous permettent de mettre en pratique nos idées avec le public.

A : Pour celles et ceux qui n’ont pas pu découvrir les exercices au fil des deux dernières semaines, qu’est-ce qu’on peut s’attendre à retrouver dans le livre édité avec Ripopée?

D : Il s’agit d’instructions pour une balade dans l’espace public, qui peut être faite seul.e. ou à plusieurs. Nous l’avons pensée pour être réalisée aussi bien dans une ville que depuis la campagne.

F : Et la publication contiendra aussi des dessins de Jules Ancion, un jeune homme passé par hasard dans la galerie, qui nous a proposé spontanément et joyeusement d’illustrer ces exercices. Malgré la situation sanitaire, notre présence dans l’espace eeeeh! à tout de même pu produire du hasard et de belles rencontres.

Le livre « S’enraciner dans les ruines – un cahier de dérive» sera disponible à Ripopée dès lundi 10 février.
www.ripopee.net

Dorothée Thébert et Filippo Filliger poursuivront leur recherche à Utopiana à Genève où ils écriront leur prochain spectacle.
www.souschiffre.net
www.utopiana.art/fr