Résidences d’artistes – Maëlle Gross

du 1er au 7 mars 2021

Maëlle Gross est née en 1988 à Lausanne. Elle est titulaire d’un Bachelor en arts visuels à la Haute école d’art et de design de Genève (HEAD). En 2016, elle obtient son Master in Fine Arts à la Goldsmiths University de Londres. Travaillant principalement avec les médiums vidéos, performatifs et installatifs, sa pratique entremêle faits et fiction. Avec un accent sur les conditions sociales, son travail s’axe principalement sur les questions d’identité notamment à travers le genre.

www.maellegross.com

Résidences d’artistes – Valentina D’Avenia et Cecilia Moya Rivera

Du 16 au 28 février 2021

Combien de deuils as-tu déjà faits? 
Quais as promessas que você faz pra você mesma?
Où est la saleté en Suisse si elle n’est pas dans nos rues propres? 
N’est-ce pas la langue qui nous possède ? 
De quoi tu as le plus honte ?
Qu’est-ce que tu vois en Suisse que les suisses ne voient pas ?
Est-ce que dans un monde lesbien les mains seraient cachées car considérées comme des organes
génitaux ? 
Ça vous dit qu’on partage tout ?
Você matou a branca dentro de você? 
Quels sont les mots que tu ne peux pas traduire en français? 
Pourquoi sur les sites des élections communales il n’y a que des blancs anti-racistes mais quand
même que des blancs? 
No future no culture, pourquoi tu n’as pas partagé sur les réseaux ?
Est-ce qu’on peut normaliser le fait de vouloir dormir avec ses ami.e.x.s?
Est-ce que tu es des personnes différentes quand tu parles des langues différentes ? 
Quantas coisas ou pessoas você já abandonou? 
Est-ce que bientot cela n’arrivera plus de se perdre? 
Do you feel pleasure to inhabit your own body?
Where does you anger comes from?
Shall we do a list of all techniques used by whiteness to stay hegemonic? 
​piensas seguido en tu pasado?
de que tienes vergüenza?
​como practicas la idea del tiempo – no linear?
​what do you think is the most interesting thing about the present?
¿piensas que las relaciones se terminan?
Você sabe dizer I surrender em quantos idiomas?
Você acha que as pessoas precisam de quanto tempo para entender as palavras?
¿Qué piensas del prefijo RE-?
Quelles sont les expressions en espagnol qui te manquent le plus au quotidien ?
Você se sente mais você em portugues?
Do you think the languages have an energy?
Crees que deberia aprender el acento del lugar donde vivo?
How does the language transform you?
Comunidad y colectividad son sinonimos?
En el futuro vamos a extrañar algunas palabras de antes?
Did you ever forget a language?
Do you dream in the same language that you use everyday?
Do you think that dreams happens in the same place that we are now?
Você sexualiza as coisas e as pessoas com frequência?
¿Cuanto sangras en un mes?
Você sabe que morangos eram brancos no começo ?
¿hablar de postcolonizacion es crueldad o ironia?
¿Qué significa nuestro trauma?
Are you feeling good?
¿Piensas que las emociones son revolucionarias?

V_a_l_e_n_t_i_n_a_ D’a_v_e_n_i_a_ (_L_u_g_a_n_o,_ 1_9_8_9)_ _est curatrice, artiste et traductrice. Récipiendaire du Prix d’encouragement à la recherche en Histoire de l’Art de l’ASHHA en 2014, Master en Histoire de l’Art et Sciences Historiques de la Culture en 2016, Responsable de l’espace d’art le Cabanon de 2014 à 2015, ses projets sont orientés vers la réparation de l’histoire de l’art, la valorisation de savoirs non-hégémoniques et les stratégies de hacking de normes de genre, race et classe dans les milieux culturels. Elle a effectué des stages à Swissnex Brazil et Pro Helvetia, a collaboré comme artiste ou curatrice La Casa do Povo (BR), Verbo Festival et de nombreuses institutions Suisses. Elle a travaillé en tant qu’administratrice et productrice aux Urbaines en 2019 et est actuellement programmatrice d’Arts Visuels et d’Arts Vivants au sein de Foodculture Days (Vevey), eeeeh! (Nyon), La Fête du Slip(Lausanne). Elle est membre du collectif de traduction BRASA et du collectif Universidad Desconocida.

Cecilia Moya Rivera (Santiago, 1992) est une artiste multiforme et graphiste sud-américaine –d’origine chilienne– qui vit à Genève. Active dans divers collectifs féministes ainsi qu’au sein du collectif MilM2, avec lequel elle explore les pratiques collectives dans l’espace public comme outils politique/performatif. Avec le collectif MilM2, elle a présenté des projets dans de nombreuses villes et festivals au Chili, Uruguay, Brésil, Portugal, Espagne, Allemagne, Irlande et Suisse. À Suisse elle a présenté son travaille a BDQI (Nyon), far° (Nyon), Arsenic. Parallèlement, elle a développé ses recherches personnelles sur le mouvement féministe alternatif au Chili, après la dictature de Pinochet. Actuellement, elle expérimente sa pratique artistique, dans une perspective féministe et polyphonique, sur la langue comme arme politique de décolonisation.

Résidences d’artistes – Fraich Club

Presque un an après le début de leur recherche, Fraich Club présentera finalement leur projet NOEXIT à Genève dans différents espaces d’art indépendants. Le premier chapitre du projet est déjà exposé à Zabriskie Point, au rond-point de Plainpalais à Genève, et le deuxième sera lancé sous peu à l’espace 3353, à Carouge.

Profitant d’un accès à l’espace de la Grenette durant deux semaines de résidences, Fraich Club s’est lancé dans la réalisation d’une mascotte en mousse et fourrure synthétique à l’effigie d’un tamia rayé, d’un moulage de soleil en film latex et d’une vidéo de lune. Les sculptures sont inspirées des trois personnages principaux de la pièce Huis Clos de Jean-Paul Sartre que l’artiste imagine se superposer à la réalité urbaine post-pandémie; les personnages-sculptures comme des entités prisonnières des lieux désertés de la ville en confinement.

En mai 2021, eeeeh ! accueillera de nouveau Fraich Club pour présenter un projet spécialement conçu pour l’occasion.

Fraich Club est un artiste suisse basé à Genève. Fraich Club recoupe les sensibilités personnelles, formelles et conceptuelles de son entourage, produisant des contenus originaux et hybrides à travers de nouvelles dramaturgies. Sa recherche explore les données liminaires et les scénarios multicouches latents aux infrastructures sociales, au processus d’historicisation et à la micropolitique. La dynamique des images et des gestes qui l’intéresse est un moyen de réfléchir sur les structures psychologiques et politiques de la réalité ainsi que sur les autorités institutionnelles et les conditions de production artistiques.

Avec le soutien du Fonds cantonal d’art contemporain, DCS, Genève et la Loterie Romande.

S’enraciner dans les ruines – une entrevue avec Dorothée Thébert et Filippo Filliger

Dorothée Thébert est photographe. Filippo Filliger est réalisateur. Ensemble, ils ont escaladé le Stromboli, joué à poil à cache-cache à Berlin, passé trois jours au lit pour un remake du Bed-In de John Lennon et Yoko Ono, contacté des polissons sous chiffre, fait disparaître les spectateurs d’une galerie dans une masse noire au son de lieds de Schubert, tourné un court-métrage érotique, conçu une fille, proposé à un danseur moderne de mettre un tutu et remonter sur scène à presque 60 ans, construit une maison gonflable, réfléchit au rapport entre effeuillage et confession, mis en scène un bal dans un kiosque à musique, rêvé d’acheter une soucoupe volante, hypnotisé une comédienne le temps d’une représentation, conçu un garçon, fait défiler l’élite intellectuelle qui a ébauché les utopies du vingtième siècle entre deux saunas, perdu le gouvernail, erré sur la roche sèche de Lampedusa, écrit la Déclaration des droits de l’être humain sur le trottoir avec les passants et présenté les travaux qui en découlent dans différents théâtres et espaces d’art contemporain.

Après deux semaines de travail et de recherches, le duo composé de Dorothée Thébert et Filippo Filliger ont laissé la place à l’artiste Fraich Club qui s’est installé à la Grenette. Avant de nous quitter, Dorothée et Filippo ont accepté de partager leurs réflexions avec Aurélie de l’équipe de eeeeh ! pour nous permettre d’avoir un accès privilégié à leur démarche malgré la fermeture de l’espace au public.

Aurélie : La semaine dernière, je suis passée par l’espace eeeeh ! pour voir votre processus de travail. J’ai découvert la grande table recouverte de livres, deux vestes tricotées accrochées au mur, une série d’exercices imprimés sur du papier fluorescent et dans le coin derrière une des grosses colonnes de l’espace, Filippo occupé à créer des sons sur un appareil surprenant composé de synthétiseurs aux lumières et fils colorés. J’imagine que la fermeture de l’espace au public a dû changer vos plans de résidence, comment la pandémie affecte-t-elle votre façon de travailler en ce moment?

Filippo : Concrètement, la pandémie nous a poussés à adopter des moyens très pauvres pour adapter notre travail aux conditions de production et diffusion actuelles. Les salles de théâtre ne sont plus ouvertes au public depuis plus de 180 jours et même ici, dans une galerie, les vernissages et les événements publics ne sont pas permis. À partir de là, on a dû inventer des moyens pour poursuivre notre travail dans la sphère publique et la résidence ici à eeeeh ! était une belle occasion. Nous développons ici une première étape de travail pour notre recherche autour du rapport au vivant, un projet qui se demande comment définir le sensible aujourd’hui.

Dorothée : Effectivement, cette pandémie a modifié beaucoup de choses. On va se retrouver à écrire notre prochaine pièce de théâtre dans un jardin dans le cadre d’une résidence à Utopiana, à Genève. L’expérience de mettre les mains dans la terre est à l’origine de nos réflexions et de notre recherche actuelle. Le jardinage est arrivé pendant le premier confinement. La relation à la terre et au vivant, on l’avait avant seulement dans nos pensées, puis ça s’est concrétisé, matérialisé. Notre recherche émane presque toujours de notre vie personnelle, de notre quotidien, de notre envie de comprendre le monde qui nous entoure. On vit et on réfléchit ensemble, en tant que couple aussi et ce qui nous arrive alimente directement notre pratique artistique.

A : Qu’est-ce que vous avez trouvé pour rendre ces contraintes constructives? Comment vous êtes-vous adapté?

F : Les conditions de travail à eeeeh ! sont quand même intéressantes malgré la fermeture parce que nous sommes en vitrine. On est face à l’espace public où l’on voit les gens déambuler et circuler. Ça nous a permis d’afficher les instructions pour réaliser un exercice par jour pour avoir un regard différent sur le monde qui nous entoure. Ainsi, certain.e.s passant.e.s nous communiquent leurs réactions à travers la vitre et d’autres poussent la porte pour venir échanger avec nous.

D : Être porté par l’espace public qui s’active devant nous tous les jours, c’est vraiment stimulant pour l’écriture. Mais surtout, l’incertitude liée à la situation nous a donné envie de réaliser un livre, un objet concret et fini à la fin des deux semaines de résidence.

F : En effet, rapidement, quand on a su que l’espace allait être fermé au public, on a approché les éditions Ripopée pour collaborer à la réalisation d’un livre. Il y a une belle complicité qui s’est créée avec les éditrices, Stéphanie Pfister et Jessica Vaucher. Comme on est privés de public, on a pensé à un livre ludique qui puisse créer des liens entre les gens, un peu comme dans nos spectacles précédents.

A : Vous annoncez prendre comme point de départ à votre recherche un projet antérieur que vous avez réalisé à partir de la « Déclaration des droits de l’homme » et un texte de Simone Weil. Comment articulez-vous ces objets de recherche à votre question sur l’enracinement, le rapport au vivant et la définition du sensible?

D : Dans la performance à l’origine du projet, nous écrivions la Déclaration des droits de l’Homme dans l’espace public, tout en demandant aux passant.e.s de nous aider, ce qui nous permettait de discuter avec elles.eux de la valeur de ce texte aujourd’hui. Cela donnait une sorte de radiographie de notre époque. En travaillant cette performance, nous avons découvert le texte de Simone Weil que nous avions envie de discuter avec des gens autour de nous.

F : Une des choses qu’on a mises en place ici et qui va nous accompagner tout au long de de notre recherche est une série de rencontres virtuelles avec deux ami.e.s de Montréal, Chiara Cavalli, philosophe, et David Guillemette, chercheur en histoire des mathématiques, au fil desquelles nous allons réfléchir ensemble à partir d’une série de textes. Hier, lors de notre première rencontre, nous avons donc parlé du texte de Simone Weil « L’Enracinement ou Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain ». Ce qui nous intéresse est de creuser les fondements de ce qui constitue le vivre-ensemble pour nous, humain.e.s, et, de manière plus large, le vivre-ensemble avec le vivant.

D : Une des choses qui nous intéresse dans ce texte, c’est que Weil déplace le discours sur l’autorité : au lieu d’avoir des droits, nous avons des devoirs. Par ailleurs, elle analyse la condition ouvrière et paysanne – qui sont à la base de la production – pour parler du travail, de la notion de spiritualité dans le travail et de ce qui nourrit l’âme.

F : À notre mesure, quand on se retrouve à jardiner, ce qui nous intéresse n’est pas strictement la production de légumes, mais la nature de la relation qui s’établit entre le travailleur et le vivant.

A : …la relation qui se crée par le geste et l’attention entre l’individu et son milieu.

F : Exactement, c’est toujours une praxis.

Une sélection d’ouvrages accompagne la recherche et le travail d’écriture des artistes. crédit photo : Aurélie Dubois

A : C’est intéressant de voir comment votre recherche est partie de questions politiques et sociales, où la notion de droit extraite de la « Déclaration » est prise comme le symbole de l’humain et ses relations hiérarchiques et d’autorité en lien avec l’administration de la vie sociale. Ensuite, par l’angle du travail, comme un entonnoir inversé, ça s‘élargit sur des questions beaucoup plus existentielles, soit la définition de l’humain par ses relations au vivant.

D : Effectivement. Ça fait déjà un certain temps que notre travail se concentre surtout sur les rapports que l’on entretient à l’altérité. L’hypothèse que nous émettons, à ce stade de notre recherche, c’est de situer une part de spiritualité dans la notion même de relation. Seul.e, on n’est pas grand-chose et c’est dans la relation à l’autre, à l’altérité et au vivant que notre existence trouve ses fondements.

F : En parallèle à cette recherche sur le sensible, on fait le constat qu’on vit dans un monde en ruine. Et pas seulement écologiquement. Les ruines sont relationnelles, politiques, sociales et concernent pratiquement tout ce qui compose le vivre-ensemble tel qu’il a été pensé depuis la modernité. Pour reprendre les idées de Simone Weil, aujourd’hui il y a beaucoup d’emplois qui se composent de tâches complètement dénuées de sens pour le.la travailleur.euse. C’est un constat d’échec, une sorte de ruine, quelque part. Et, nous, on se demande comment faire pour remettre du sens là-dedans.

D : Mais, nous ne portons pas un regard romantique sur les ruines. Hier, on discutait aussi d’un texte du dramaturge Lukas Barfüss qui parle du deuil et de comment s’est perdu le sens du rituel commun qui est de pleurer pour pouvoir passer à autre chose. C’est comme s’il fallait retrouver les larmes pour pouvoir penser à aller de l’avant. On voit un peu les ruines comme un terreau dans lequel on peut planter des graines pour faire pousser de nouveaux horizons.

F : Et on pense que ça peut être fait avec des récits. Face à ces éléments qui ont été vidés de sens, les récits permettent de faire renaître une certaine sensibilité.

A : Les questions de rituels et de récits font d’ailleurs échos aux pratiques artistiques. Comment réfléchissez-vous au rituel lorsque vous formalisez vos projets artistiques au-delà des questions théoriques?

F : En fait, on essaie de trouver des manières de faire travailler le public avec nous. La participation n’est pas obligatoire, mais la porte est ouverte à réaliser des actions en travail collectif. Ça donne lieu à des discussions improvisées qui sont à leur tour des déclencheurs narratifs. Pour l’instant, nos réflexions sur les ruines et l’enracinement par le sensible nous ont poussés à proposer une série de dix exercices à réaliser dans la ville pour activer les sens et éveiller un certain niveau d’attention et de conscience. Ce sont des petites expériences qui nous permettent de mettre en pratique nos idées avec le public.

A : Pour celles et ceux qui n’ont pas pu découvrir les exercices au fil des deux dernières semaines, qu’est-ce qu’on peut s’attendre à retrouver dans le livre édité avec Ripopée?

D : Il s’agit d’instructions pour une balade dans l’espace public, qui peut être faite seul.e. ou à plusieurs. Nous l’avons pensée pour être réalisée aussi bien dans une ville que depuis la campagne.

F : Et la publication contiendra aussi des dessins de Jules Ancion, un jeune homme passé par hasard dans la galerie, qui nous a proposé spontanément et joyeusement d’illustrer ces exercices. Malgré la situation sanitaire, notre présence dans l’espace eeeeh! à tout de même pu produire du hasard et de belles rencontres.

Le livre « S’enraciner dans les ruines – un cahier de dérive» sera disponible à Ripopée dès lundi 10 février.
www.ripopee.net

Dorothée Thébert et Filippo Filliger poursuivront leur recherche à Utopiana à Genève où ils écriront leur prochain spectacle.
www.souschiffre.net
www.utopiana.art/fr

Résidences d’artistes – Dorothée Thébert et Filippo Filiger

Dorothée Thébert & Filippo Filliger – tous deux issus des arts visuels et naviguant ensemble dans les eaux du théâtre – occupent l’espace eeeeh ! pendant deux semaines pour en faire leur atelier de recherche et initier une nouvelle création.

Partant de la Déclaration des droits humains qu’ils ont un jour écrit à la craie dans l’espace public, ils se posent la question de ce qui nous tient ensemble aujourd’hui et avec quelles ruines allons-nous devoir composer un futur.

Le premier chapitre de leur recherche puise des outils de réflexions dans le texte de la philosophe Simone Weil « L’enracinement – prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain ». Ils rendront compte de leur travail en réalisant un cahier avec les éditions Ripopée. Il contiendra des instructions pour une balade en plein air, ainsi que des dialogues à lire durant le trajet. Dès la fin de la résidence, il sera disponible aux éditions Ripopée ou sur demande. 

Ces exercices à pratiquer soi-même sont composés, puis exposés au public tout au long de leur résidence.

Steeve Fleury

Durant 15 jours Steeve Fleury, qui revient d’une résidence de trois mois à Gênes, propose d’occuper l’espace eeeeh avec diverses propositions tournant autour de sa passion pour l’eau, le lac et la glisse.

Il descend jusqu’au bord de l’eau puis il plonge 

Il descend jusqu’au bord de l’eau puis il saute

Il descend jusqu’au bord de l’eau puis il flotte 

Il descend jusqu’au bord de l’eau puis il glisse

Tu te souviens de cette bise, de ce goût de sel dans la bouche, de ce poster sur le mur de la chambre, de cette mélodie qui tournait en boucle dans ces hauts-parleurs, de ces paysages inconnus.

Hein dis, tu te souviens de ça ?

Sinon moi ça va, je pars bientôt et je reviendrai bientôt.

Des portraits du lac, des gens, des objets, des vagues, voilà ce qu’il y aura dans eeeeh le premier janvier.

Ouverte du mercredi au vendredi de 16h à 19h et le samedi de 11h à 15h, l’exposition sera gardiennée par Steeve Fleury, pour autant qu’il n’y ait pas de vent sur le lac.

Si vous avez la chance de le voir, il pourrait éventuellement vous tirer le portrait, si les conditions sont réunies.

En plus de l’exposition à eeeeh, vous pourrez découvrir 20 portraits disséminés en ville de Nyon et visibles jusqu’au 11 janvier 2021.

Nina Haab

Soll ich bleiben oder gehen ?

Une exposition de Nina Haab 

du 4 au 27 décembre 2020

ME – VE : 16h – 19h , SA : 11h – 15h et sur rendez-vous

L’artiste sera sur place les 4, 5, 11, 18 et 19 décembre

Soll ich bleiben oder gehen ? est une exposition de l’artiste suisse Nina Haab qui regroupe une sélection d’œuvres de ses deux derniers projets : Missive (2017 – en cours) et Vue sur Jersey (2018 – en cours). Sa recherche se focalise sur l’histoire et la mémoire collective. Elle est particulièrement intéressée par la dimension autobiographique et ses rapports aux différents territoires culturels. Elle n’hésite pas à mélanger la fiction et les faits, ceci dans le but d’enrichir l’aspect narratif contenu dans son travail. 

Missive est une installation qui montre une série de dessins au crayon réalisés sur d’anciens meubles. Les images représentent des photographies suisses datant de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème siècle. Elles sont toujours accompagnées de phrases qui traduisent une actualité, un témoignage ou une pensée que l’artiste veut transmettre de façon métaphorique aux personnages du passé figurant sur l’image. Elle inclut dans son travail aussi bien sa vie privée marquée par les préoccupations de notre société que la politique mondiale ou le milieu de l’art contemporain

Vue sur Jersey, une installation également, est composée d’une photographie, de meubles anciens, de sable, de pierres, et de dessins au crayon sur papier. La plupart des images représentent une plage d’environ 3 km entre Pirou Plage et Armanville. Ce projet a été initié par l’artiste après sa découverte des ruines d’un ancien télégraphe situé jusqu’à la fin des années septante sur les dunes. Cette construction s’est effondrée suite à l’érosion du littoral. C’est un problème mondial auquel n’échappe pas la Basse-Normandie. Les secteurs dunaires sont en effet très exposés et reculent chaque année. 

Nina Haab est une artiste suisse née en 1985 à Bellinzone. Après quelques années passées à Nyon, elle vit et travaille actuellement à Genève où elle a obtenu un Master en arts visuels à la Haute école d’art et de design (HEAD). En 2012 elle se voit attribuer un atelier pour artistes plasticiens par la Ville de Genève et un prix fédéral au Swiss Art Awards à Bâle. Entre 2015 et 2016 elle est invitée à participer à la résidence d’artiste ABA à Berlin, soutenue par Pro Helvetia. Aujourd’hui, Nina Haab expose régulièrement en Suisse ainsi qu’à l’étranger. Elle a notamment présenté son travail au Centre d’art Contemporain de Genève (2013); au Kunstmuseum Lucerne (2015); au Museo d’arte della Svizzera italiana, Lugano (2016); au KUNST-WERKE | Studiolo, Berlin (2016); au Kunsthaus Langenthal (2017); au Château d’Aubais (2018); à la Fondazione Cesare Pavese, Santo Stefano Belbo (2019-20); au GAM, Turin (2020-21). En 2020, elle est lauréate de la Bourse Abraham Hermanjat. 

www.ninahaab.ch

Willi Woo

Une exposition collective proposée par Alexia Turlin
Prolongée jusqu’au 29 novembre.

L’exposition sera ouverte cette semaine et gardiennée par Alexia Turlin!

Ouverture du mercredi au vendredi de 16h à 19h et samedi de 11h à 15h

WILLI WOO, une proposition d’Alexia Turlin.

Avec des oeuvres de:
Andreas Kressig / Cathia Rocha / Claude-Hubert Tatot / Christina Jonsson / Lucie Eidenbenz / Sofia Kouloukouri / Aline Seigne / Céline Peruzzo / Benjamin Tenko / Laura Thiong-Toye / Anaëlle Clot / Julien Babel / Valentina Pini / Sébastien Leseigneur / Camille Renault / Hadrien Dussoix / Eun Yeoung Lee / Gaël Grivet / Tami Ichino / Diana Tipoia / Eric Winarto / Zun Riondel / Thomas Maisonnasse / Keiko Machida / Peter Stoffel / Nina Schipoff / Eric Philippoz / Alexandra Nurock / Pierre Zufferey / Florence Vuilleumier / Heike Cavallo / Laure Gonthier / David Bonvin / Fanny Balmer / Galaxia Wang / Laura Rivanera /  Sapin Magique

Visites commentées par Alexia Turlin sur inscription dès 5 personnes.

30 octobre: vernissage et performance culinaire de Christina Jonsson

Samedi 7 novembre – Journée des arts reportée à 2021
12h visite guidée par Alexia Turlin
17h performance de Lucie Eidenbenz, THAUMATOGRAPHY
19h concert de Sapin Magique

Dimanche 15 novembre 18h – performance reportée – date encore inconnue
Sofia Kouloukouri, MISUNDERSTANDINGS IN TUNE : A KARAOKE

WILLI WOO, une proposition d’Alexia Turlin avec  33 artistes rassemblés sur une peinture murale au fusain et au spray de l’artiste-curatrice dans l’espace d’art Eeeeh à Nyon. 
WILLI WOO c’est une grande rafale de vent qui s’abat à 200km\h dans les canaux chiliens et argentins de Patagonie. 
WILLI WOO c’est l’esthétique des liens cosmiques qui nous entourent . 
WILLI WOO c’est nous.  
WILLI WOO c’est la puissance d’un courant éphémère qui s’engouffre dans la galerie nyonnaise pendant 2 semaines. 
C’est une voix collective. 
La puissance de l’art.

Chaque pièce choisie par Alexia Turlin est issue des collections des artistes, de la Milkshake Agency (atelier et espace d’art genevois d’Alexia) et sont pour certaines, des œuvres inédites produites pour cette exposition.
La peinture murale d’Alexia Turlin en fond d’accroche, un mur de montagnes de la série ouverte des montagnes-eau, nous rappelle à l’ordre sur les lois de la gravité. 
Un paysage en mouvement permanent.

OK(N)o/ Cie Pieds Perchés

Investigation sur la frontière entre espace public et espace privé.

Résidence du 12 au 25 octobre
Spectacles les 23 octobre à 19h et 24 octobre à 15h et à 19h.

Que devient la notion de l’intime dans ce monde ou l’arrivée des nouvelles technologies a rendu la frontière entre sphère publique et sphère personnelle de plus en plus ambiguë?
OK(N)o est un projet de cirque in situ qui interroge la limite entre le privé / le public et quelles sont nos libertés dans ces deux espaces.
Il s’agit d’une expérience sensible qui joue sur l’idée de regarder et d’être regardé, mettant les spectateurs·x·ices dans la position des voyeurs·x·euses mais aussi parfois comme étant les sujets exposés.
OK(N)o est un projet en tournée, constitué d’une structure principale qui est amenée à être détournée suivant le lieu proposé. La compagnie travaille avec différents artistes investis dans le tissu culturel local ou issus de leurs réseaux artistiques. La représentation est donc à chaque fois une expérience unique.

Le projet OK(N)o est soutenu en Tchéquie par le Ministère de la culture, la ville de Prague, Cirqueon, KD Mlejn, Depo2015, Studio Alta, Cooltour, et en Suisse par l’espace eeeeh !, la Région de Nyon, la Ville de Nyon et l’Ambassade de La République Tchèque à Berne.

Concept: Stéphanie NDuhirahe, Morgane Widmer (Cie Pieds Perchés)
Sur scène: Stéphanie NDuhirahe, Morgane Widmer, Lili Parson, Chloé
Démétriadès, Phillipe Droz, Elsa Bouchez
Oeil extérieur: Lukáš Karásek
Musique: Roman Džačár
Création vidéo: Dsu Ranger
Artistes en collaboration: Filip Zahradnický, Michaela Stará, Lucie NDuhirahe,
Marina Mezzogiorno Brown, Cécile Da Costa, Daniel Kvašňovšký, Jana Ryšlavá
Administration: Hedvika Zýková
Production: Schmilblick spolek
Soutiens et co-productions: Hlavní město Praha, Ministerstvo kultury
ČR, Cirqueon, KD Mlejn, Depo2015, l’espace eeeeh !, la Région de Nyon, la Ville de Nyon et l’Ambassade de La République Tchèque à Berne.

La Cie Pieds Perchés, créée en 2009 par Stéphanie N’Duhirahe et Morgane Widmer, est une compagnie de cirque tchéquo-suisse travaillant entre la Tchéquie, la France et la Suisse.
Stéphanie et Morgane, enfants, découvrent les arts du cirque à L’Elastique citrique (Nyon). Stéphanie se forme ensuite à l’Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Genève puis à l’Ecole de Cirque de Québec et Morgane à l’ E.S.A.C (Ecole Supérieure des Arts du Cirque de Bruxelles).

Cie Pieds Perchés a créé plusieurs spectacles (Foutaise, 2010; Le poids du vide, 2013/re-création 2016; Vejce Vejci, 2015 et Mute/En Sourdine,2016 Mezi Reci, 2018) qui ont été présentés internationalement.

www.ciepiedsperches.com
https://www.facebook.com/PiedsPerches
instagram: ciepiedsperches
instagram spécial eeeeh!: ok.n.o_a_eeeeh

Swiss Neutral

Swiss neutral 

Du 2 au 11 octobre 2020

Vernissage: 1er octobre 2020, 18:30
Présence de Ruth Noemi Bendel en live toute la soirée
20:00 Kebranto, une performance de Jonas Van et Chienne de Garde

Une exposition proposée par Valentina D’Avenia et Céline Burnand qui réunit des artistes dont le travail aborde la question de l’identité suisse, ainsi que ses aspects coloniaux.

Denise Bertschi, Céline Burnand, Léa Katharina Meier, Ruth Noemi Bendel, Chienne de Garde et Jonas Van ont en commun une expérience réflexive sur leurs rapports à la Suisse et sa culture, et leurs travaux s’intéressent à certains aspects spécifiques tels que la neutralité et la propreté suisses qui sont des symboles forts de l’image et de la réputation du pays.

Aux oeuvres plastiques des artistes feront écho les interventions de l’historienne Stéphanie Ginalski, spécialisée dans l’histoire économique de la Suisse, et l’historien de l’art indépendant Matthieu Jaccard.

Finissage: 11 octobre 2020, 16:00
17:00 Conférence de Matthieu Jaccard, le coeur de la bête.
17:30 Conférence de Stéphanie Ginalski, Une Suisse qui aide et qui tue : le scandale Bührle.

Horaires d’ouverture: 
(possible également d’ouvrir sur demande – 077 909 37 25)

jeudi 1 octobre : vernissage à 18h30 + performance à 20h + repas offert
vendredi 2 octobre : 16h00 – 19h00
samedi 3 octobre : 11h00 – 16h00
dimanche 4 octobre : 11h00 – 16h00
jeudi 8 octobre : 16h – 19h00
vendredi 9 octobre : 16h – 19h00
samedi 10 octobre : 11h – 16h00
dimanche 11 octobre: 11h – 20h

KEBRANTO – Chienne de Garde et Jonas Van

performance le 1 octobre à 20h et installation vidéo

Chienne de Garde est une performeuse pluri-disciplinaire et productrice autodidacte basée à Lausanne. Sous différents acronymes elle explore différents médiums de création.

Sous Chienne De Garde, elle s’essaie à la production musicale. S’aidant de sample Batimbo ou suisse elle crée des tableaux sonores hybrides émotionnels et sincères. Elle est une des membre fondatrice de B2B2 colective et elle est la fière fille d’Ivy Monteiro (Tropikahl Pussy) et membre de la house of B.Poderosa.

Jonas Van est unx artiste brésilen transviado et unx cuisinierx. Sa pratique est un exercice radical de questionnement des structures du pouvoir cis-normatif, créant des écologies kuir en utilisant la vidéo, l’installation et le texte. Son travail propose la monstruosité comme une narration fictionnelle et profondément intime, une fracture linguistique et sociale et une transition anti-coloniale par la perspective de la nourriture.

Kebranto

Une proposition de Jonas Van et Chienne de Garde, avec interventions visuelles de Juno B.

A partir de la pensée de Oyèrónké Oyěwùmí, dans son livre Visualizing the body, où l’autrice analyse la compréhension cognitive occidentale et fait remarquer que celle-ci est construite essentiellement par le sens de la vue et par l’exercice mental, puisque héritée de la tradition cartésienne où le corps et l’esprit sont séparés, Jonas Van et Chienne de Garde proposent Kebranto, une pièce audiovisuelle matérialisée à travers les gestes de deux corps qui créent une narration de fantasmes radicaux, remettant en question la neutralité des désirs et leurs genèses politiques. Kebranto, en portugais du Brésil, est un sortilège d’ordre spirituel qui se fait à partir du regard, qui casse l’esprit en morceaux et empêche son mouvement.

La cisgénérité étant un outil d’hégémonie occidentale, elle est cristallisée en Suisse de manière violente, ainsi que les désirs qui en découlent. Cette cristallisation rend possible la mise à jour de la colonialité et de la neutralité helvétiques, qui sont inscrites dans l’histoire et dans les corps normatifs, qui structurent le passé et le présent comme une répétition de gestes et de traditions.

Avec Kebranto, les artistes répètent d’autres pactes et des alliances ouvrant des portails pour provoquer une décristallisation. Montagnes alpines anciennes qui font germer de petites pierres précieuses entre leurs fissures, avalanches qui révèlent des prismes érotiques et inondent la binarité kitch, voix qui orchestrent la télépathie et l’autocombustion, couleur carmin rouillée dans les cratères terrestres et lunaires qui rêvent une collision extra sensorielle, infinis yeux ouverts qui mettent en pièces la foi en les hommes cis blancs et qui salissent leurs langues coloniales.

Kebranto est un geste. Tout geste est chargé de pouvoir magique. La pensée occidentale apprend à oublier l’intuition et les sortilèges. Kebranto rappelle que nos propres corps sont puissants, ainsi que l’énergie qui y habite, c’est un geste de récupération de ce pouvoir pour déstructurer l’opération coloniale.

STATE FICTION – Denise Bertschi

installation

“Le thème central de Denise Bertschi se reflète dans la feinte innocence des fleurs: l’invisibilité de certaines pratiques auxquelles la Suisse doit l’essentiel de sa prospérité. L’artiste se concentre sur la reconstruction des actions qui rendent certaines choses invisibles, qui favorisent l’oubli, ou qui bâtissent une fausse innocence, manifestée également dans le paradigme de la “neutralité” qui est, en fait, juste une façade pour un camouflage systématique.” Anselm Franke dans STRATA.Mining Silence. Denise Bertschi, Edition Fink and Aargauer Kunsthaus, 2020

Denise Bertschi (*1983, Aarau) vit et travaille en Suisse. Par sa pratique artistique investigative, Denise Bertschi revisite des évènements de l’histoire contemporaine pour interroger de manière critique les relations de la Suisse avec le reste du monde. Elle trace une perspective globale – économique, sociale et écologique- sur l’empreinte extra-territoriale de la Suisse. A travers un corpus développé durant les 7 dernières années et constitué de mémoires collectives et de mythes culturels, Bertschi démasque la neutralité suisse et montre qu’elle est un agent dans l’économie suisse et son expansion quasi-impérialiste dans le monde. Architecture, paysages et matérialités deviennent des lentilles pour cartographier de manière judicieuse le ‘capitalocène’ (Jason Moore) du capitalisme extractiviste et du commerce de matières premières. A l’intérieur de cette matrice elle s’intéresse à ce qui est caché, négligé ou réprimé, qu’elle présente à travers des vidéos-installations, des archives, des photographies et des publications. Denise Bertschi a gagné le Prix Manor 2020 à l’Aargauer Kunsthaus, curaté par Yasmin Afschar, et elle a été pré-sélectionnée pour le Pavillon suisse à la 59ème Biennale de Venise. En parallèle d’une activité d’exposition en Suisse et ailleurs, elle est actuellement en thèse à l’EPFL Lausanne en collaboration avec la HEAD – Genève.

 

STATE FICTION

STATE FICTION de Denise Bertschi est une recherche à longue durée sur le paradigme de la neutralité suisse.

Il s’appuie sur un fonds d’histoire géopolitique, sociologique et photographique des médias très explosif. La question de la neutralité est abordé à travers l’objectif de soldats suisses et officiers de haut rang stationnés en mission « neutre » dans la zone démilitarisée entre les deux Corées. Le NNSC (Neutral Nations Supervisory Commission) est en mission depuis 1953 jusqu’à aujourd’hui.

Le fonds photographique soulève autant de questions qu’il peut répondre : Questions sur la représentation de l’image nationale suisse, sa cohérence sous le mythe identitaire de la soi-disant neutralité, la signature suisse sur la scène des événements politiques mondiaux avec les outils du paradigme des « bons offices de la Suisse ».

Les photographies disponibles ne contiennent pas de vue objectif ou neutre. Les aspects problématiques de la photographie sont abordés, un aspect enraciné dans les relations de pouvoir colonial et la création et la diffusion de stéréotypes qui contribuent davantage à la marginalisation et à la suppression de ses subalternes. Comment se déroule la rencontre avec « l’Autre » et quelle est la perspective ? Le regard est parfois naïf sur la faune et la flore ou encore sur la culture coréenne d’un pays déchiré par la guerre. Dans les photographies on observe sans cesse la rencontre de ces « mondes » et une supériorité subliminale est perceptible dans le regard des soldats suisses.

Les thèmes apparemment banaux ne le sont pas. Les caméras sont un produit du régime scopique de l’impérialisme. Cependant, les droits impériaux ne sont pas entièrement inscrits dans le dispositif. Le caractère unilatéral de l’appareil photo et sa verticalité divisent l’espace dans lequel il se trouve en deux parties : ce qui est « devant » et ce qui est « derrière », écrit la théoricienne de la photographie Ariella Azoulay. Les photographies témoignent de l’attitude de la Suisse dans la diplomatie et la politique internationales et de ce que l’on appelle la promotion de la paix.

Que signifie promouvoir la paix ? Quel profit le petit État suisse peut-il tirer de cette situation pour se créer une place sur la scène politique mondiale? Les œuvres de Denise Bertschi abordent ces questions à travers la pratique photographique des acteurs « neutres » eux-mêmes.

Publication à venir en 2021: STATE FICTION, Denise Bertschi, published by éCPG Centre de la Photographie de Genève.

texte: Denise Bertschi

Quem chega cedo beba água limpa (Qui arrive tôt boit de l’eau propre) 

Léa Katharina Meier

vidéo

Léa Katharina Meier (1989* à Vevey) est artiste visuelle et travaille avec la performance, les textiles, le dessin et l’écriture. Au sein de sa recherche, elle souhaite créer des nouvelles narrations et imaginaires dans lesquels le sale, le monstrueux, les émotions et les états corporaux définis comme négatifs peuvent être incarnés, incorporés comme une guérison et cela avec beaucoup de plaisir. Diplômée d’un bachelor de la HKB à Berne en 2012  et d’un master de la HEAD à Genève en 2015, elle performe et expose dans plusieurs festivals, espace d’art et théâtres en Suisse. En 2018 et 2019 elle part 5 puis 4 mois à São Paulo où elle participe aux résidences FAAP et Pivô arte pesquisa. A São Paulo, elle développe une recherche sur les notions de propreté et d’hygiène en lien avec l’identité coloniale suisse et travaille notamment en collaboration avec l’artiste et curatrice Valentina D’Avenia sur le projet d’exposition « Corpo Aberto – Um arquivo de sentimentos » réunissant six artistes et un collectif brésilien.ne.x.s dans une exposition à Vevey. En 2020, elle fait partie des finalistes de PREMIO – prix d’encouragement aux arts de la scène en Suisse. Actuellement, avec Aurore Zachayus, Valentina D’Avenia et Luana Almeida, elle traduit un recueil de textes d’auteuricexs brésilien.ne.x.s sélectionné par Diane Lima, Cintia Guedes et abigail Campos Leal, qui sera prochainement publié aux éditions brook à Paris. En 2021, elle présentera la performance “Ma maison est une maison sale: laver plus blanc” au TU-Théâtre de l’Usine à Genève ainsi qu’à l’Arsenic à Lausanne.

 

Quem chega cedo beba água limpa (Qui arrive tôt boit de l’eau propre) 

Quem chega cedo beba água limpa (Qui arrive tôt boit de l’eau propre) est une recherche vidéo et performative qui propose de réfléchir en parallèle à la construction de l’hygiène et de la propreté ainsi qu’aux processus d’hygiénisation, tant des corps, des subjectivités, des désirs, que des espaces publics en créant des liens avec la présence et le passé colonial de la Suisse au Brésil, en particulier dans la Ville et l’Etat de São Paulo. La vidéo souhaite interroger les relations entre les processus violents de blanchiment de la population brésilienne et le système impérialiste et colonial de «propreté» et de “neutralité” suisse.

Quem chega cedo beba água limpa, Vidéo, son, env. 30 minutes, 2019-2020

Qui nettoie le monde?, Publication, env. 35 pages, 2020

COLONI HELVETIA – RUTH NOEMI BENDEL

installation vidéo

Étudiante en sciences humaines à l’Université de Neuchâtel puis actuellement en Master en journalisme à l’Université Libre de Bruxelles, ce n’est qu’en 2014 que Ruth Noemi Bendel connaît un éveil féministe. Elle en connaîtra deux, puisqu’en 2016, elle tombe sur la communauté du cheveu afro. Là, elle prend conscience que les femmes afro-descendantes, du fait d’être afro-descendantes sont sujettes à des discriminations spécifiques et l’intersection de ces oppressions ne peut être considérée individuellement. Elle commence ainsi à militer sur les réseaux sociaux, puis en 2017, elle co-fonde La Quatrième Vague, un club de lecture et de discussion féministe intersectionnel qui organise des rencontres un mercredi par mois à Lausanne. Après les événements Black Lives Matter en avril 2020 qui résonnent mondialement, elle décide de lancer sur son Instagram (@ruthnoemib) une série qui scrute le passé colonial et esclavagiste de la Suisse, une histoire passé sous silence. Elle lance également dans la même période une chaine YouTube (Ruth Noemi Bendel) autour des questions des impacts néfastes de l’industrie textile, et particulièrement de la fast-fashion et ainsi allie l’intersectionnalité des luttes (racisme, sexisme, écologie) dans une seule thématique qui la passionne : la mode.

COLONI HELVETIA

Coloni Helvetia veut dire La Suisse Coloniale en latin. C’est l’allusion à ce passé national que l’on tente de faire disparaître pour n’en faire qu’un souvenir lointain. Comme une langue morte, un pan de l’histoire nationale suisse n’est que vestige enfoui, ce sont des vestiges dont nous n’étions pas censé.e.x connaître l’existence.

Dans Coloni Helvetia, Ruth Noemi Bendel présente différentes personnalités du paysage suisse qui ont de près ou de loin contribué aux activités coloniales et esclavagistes et qui ont permis le succès du racisme scientifique.

Henri Dunant (1828-1910), fondateur de la Croix-Rouge et co-fondateur du CICR, Gustave Moynier(1826-1910), co-fondateur du CICR et Carl Vogt (1817-1895), naturaliste et théoricien sont abordés sous un autre angle : des hommes blancs et bourgeois, qui ont usé de leur « philanthropisme » pour devenir colons sur le continent africain ou poser des théories infondées (l’anthropomorphisme) sur “l’évidente” supériorité de la race blanche. Ainsi on découvre que blanchité, capitalisme, classes sociales et colonialisme réunis n’ont jamais autant fait bon ménage. Coloni Helvetia revisite un passé inerte censé enfouir une honte encore bien saillante, surtout par les temps qui courent.

 

L’AUBERGE DES COLLINES – Céline Burnand – transcription d’interview

L’Auberge des collines est un lieu où vivent certain.e.s des étudiant.e.s de l’école d’art de Sierre. Céline Burnand y a rencontré des ami.e.s égyptien.ne.s pour évoquer leurs expériences en Suisse et leur rapport à leur pratique artistique dans ce contexte, en écho à sa propre présence en Egypte depuis trois ans.

Céline Burnand a étudié les arts visuels à la Haute Ecole d’Art et de Design (HEAD) à Genève, puis l’histoire de l’art, la littérature et l’histoire du cinéma à Lausanne. Elle obtient son master en anthropologie visuelle à la FU à Berlin en 2017 et déménage au Caire pour travailler sur deux projets de films, l’un avec une communautés soufie, l’autre sur les archives familiales d’un sanatorium pour tuberculeux fondé dans les années 30 à Helwan. Elle est également chercheuse associée à l’Institut des humanités en médecine de Lausanne. Son travail est composé de dessins, films, photographies, textes et performances. Depuis plusieurs années, elle s’interesse au potentiel de guérison et de restauration de la relation à l’autre, notamment à travers des pratiques collaboratives.

Au coeur de la bête 

conférence de Matthieu Jaccard – le 11 octobre à 17h (30mn)

Matthieu Jaccard est architecte et historien de l’art indépendant. Commissaire d’exposition, conférencier, guide, il développe ses projets en Suisse romande, allemande et France. Son activité s’attache notamment à la mise en perspective, sous des formes diverses, de la production architecturale et artistique au regard d’enjeux sociaux, politiques et économiques.

 

Au coeur de la bête

Matthieu Jaccard propose de montrer comment architecture et toponymie de la région entre Genève et Lausanne, là où se tient l’exposition Swiss neutral, témoignent de la relation entre la Suisse et les pires crimes contre l’humanité. Colonialisme, esclavage, génocide, dans chacun de ces domaines le pays entretient des liens étroits avec ses promoteurs influents, ses exécutants zélés, ses bénéficiaires sans scrupules.

 

Une Suisse qui aide et qui tue : le scandale Bührle – conférence de Stéphanie Ginalski – Le 11 octobre à 17h30 (30 mn)

Stéphanie Ginalski est historienne et sociologue à l’Institut d’études politiques de l’Université de Lausanne, où elle a co-fondé l’Observatoire des élites suisses (Obelis). Ses principaux intérêts de recherche portent sur l’histoire du capitalisme et des élites économiques suisses, avec pour problématique centrale la question des processus de production et de reproduction des inégalités sociales et économiques. Elle co-dirige actuellement un projet de recherche sur les sociétés d’art suisses comme lieu de sociabilité et de cohésion de classe des élites.

Une Suisse qui aide et qui tue : le scandale Bührle

En 1968 éclate le « scandale Bührle ». En pleine guerre du Biafra, une région du Nigéria qui fait sécession en 1967, le CICR est engagé, avec le soutien financier de la Confédération, dans une action d’aide humanitaire d’envergure, contre la volonté du gouvernement nigérian. De son côté, l’entreprise suisse Oerlikon-Bührle exporte des canons anti-aériens au Nigeria, en dépit de l’embargo. L’armée nigériane tire à plusieurs reprises sur les avions du CICR, faisant apparaître au grand jour les contradictions d’une Suisse qui aide et qui tue.

L’intervention de Stéphanie Ginalski, historienne, dénouera les nombreux fils enchevêtrés de l’histoire Bührle et permettra d’interroger aussi bien les liens entre art, politique et industrie, que les limites de la neutralité suisse, ou encore les enjeux de l’accès aux archives.